La deuxième femme

Louise MEY

Sandrine a été malmenée toute son enfance par son père qui tenait envers elle des propos abusifs. Depuis, elle a toujours été complexée par son corps, ses formes. Elle se trouve « grosse vache, moche et conne » et se le répète souvent. Lorsqu’elle trouve un foyer auprès d’un homme, veuf qui vit avec Mathias son fils ; Sandrine est comblée. Jusqu’au jour ou tout bascule, sa première femme est retrouvée en vie.

Elle va pour se lever mais il la saisit par le poignet et la tire vers lui, se penche, enfouit son visage dans le ventre de Sandrine, et elle lui caresse la tête, attendant, murmurant une berceuse hésitante, faite de Ça va aller, ça va aller, alors qu’elle sait que c’est faux, que tout s’écroule ; mais il ne lui reste que cela, ce visage d’homme caché dans le faux satin de la nuisette, et ce mensonge qu’elle leur répète à tous les deux, que ça va aller.

page 45

Le lecteur va suivre Sandrine, personnage principal. Et dès le premier chapitre, l’action se met en place. Sylvain, son compagnon va révéler sa vraie personnalité au fil des pages. Mathias, son enfant, est très présent également. Chaque personnage a de la profondeur, des traits qui lui sont propres, et conserve toute sa place au cœur de l’intrigue. Et quelle intrigue ! Sandrine entre dans un tourbillon infernal, tel un gouffre qui la happe et l’entraîne vers l’abîme.

C’est un vrai changement de style que Louise Mey propose au lecteur. Inédit. L’absence de dialogues donne une écriture linéaire à l’ambiance oppressante. Impossible de reprendre son souffle. Tantôt courts ou tantôt longs, les chapitres se suivent sans altérer le bon déroulement de l’action. Un huis-clos s’installe dans la maison, lieu de vie de Sandrine et Sylvain.

Il tend le bras et lui prend le torchon humide des mains, examine sa joue. Sandrine est crispée, les épaules hautes et rondes. Il dit Mon amour. On ne voit rien. Tu m’excuses ? Tu m’excuses. Sandrine ne répond pas.

page 189

Dans ce récit profond et bien mené, l’auteure décrit une dure réalité. A quel point est-il difficile de se défaire d’un quotidien, lorsque nous ne sommes pas maître de nos actes ?  Un sujet d’actualité, traité avec justesse et sensibilité. Les péripéties s’enchaînent. Jusqu’où cela peut aller ?

Elle devrait se recroqueviller tout entière, paniquer, perdre pied à cette idée, mais comment faire tomber quelqu’un qui se débat déjà, à genoux, lentement et avec des gestes patauds, dans les méandres des sables mouvants ?

page 92

Un style franc, une ambiance étouffante, des personnages profonds, c’est une combinaison parfaite que nous propose Louise Mey.

(…) elle commence à se dire que l’homme qui pleure n’est pas la crème, peut-être est-il l’aiguille.

page 276
BrochéSortie le 15 Janvier 2020Editions du masque300 pages

Quatrième de couverture : Sandrine ne s’aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage trop fade. Timide, mal à l’aise, elle bafouille quand on hausse la voix, reste muette durant les déjeuners entre collègues. Mais plus rien de cela ne compte le jour où elle rencontre son homme, et qu’il lui fait une place. Une place dans sa maison, auprès de son fils, sa maison où il manque une femme. La première. Elle a disparu, elle est présumée morte, et Sandrine, discrète, aimante, reconnaissante, se glisse dans cette absence, fait de son mieux pour redonner le sourire au mari endeuillé et au petit Mathias.
Mais ce n’est pas son fils, ce n’est pas son homme, la première femme était là avant, la première femme était là d’abord. Et le jour où elle réapparaît, vivante, le monde de Sandrine s’écroule.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *