Bye Bye Blondie

Virginie DESPENTES

Résumé : Gloria est convaincue qu’à chaque fois qu’elle s’approche trop près du bord, elle saura faire pirouette arrière. Seulement, plus le temps passe, plus elle devient championne dans l’art de souffrir… Il pleut sur Nancy, sa ville natale, et Gloria, à trente-cinq ans passés, est de nouveau SDF, avec pour unique point d’échouage Le Royal, « son » bar, le seul endroit où elle puisse librement traîner sa déprime et sa hargne, trouver chez qui squatter, et boire sans limite de crédit. Mais ce soir-là, c’est un passé bien plus douloureux qu’elle revit en direct, malgré elle : dans la rue, elle croise Eric Muir, désormais parisien et présentateur star du petit écran. Eric, sans qui elle aurait sans doute brutalement sombré, vingt ans plus tôt, quand, adolescente difficile, elle a été internée en hôpital psychatrique pour un temps indéterminé, par des parents dépassés, persuadés de faire son bien. Eric, son premier amour, fils d’une famille de la grande bourgeoisie de Nancy, avec qui elle a vécu son aventure punk. Eric aujourd’hui confortablement installé dans sa voiture avec chauffeur, et qu’elle voudrait sinon feindre d’ignorer, du moins englober dans sa haine du monde et d’elle-même ; mais lui ne l’entend pas ainsi… Avec une dureté de ton qu’on lui a connu à ses débuts, mais aussi une tendresse certaine pour ses personnages, Virginie Despentes fait le récit d’une adolescence dramatique, marquée au fer rouge par l’incompréhension et la bêtise de parents incapables d’amour véritable, brisée par la violence et la toute-puissance des institutions. Bye bye Blondie est également le portrait rageur d’une femme conditionnée par le manque et l’abandon, et qui ne sait plus vivre que dans la destruction aveugle de tout ce qui pourrait mettre un terme à ses souffrances.

Gloria, une adolescente est amoureuse d’un jeune homme d’un milieu social différent. La vie les sépare. Par hasard, ils se retrouvent des années plus tard. Virginie Despentes décrit très bien la situation. Le lecteur n’est que le spectateur de ces retrouvailles, en raison d’une  narration à la troisième personne. Peu d’attachement aux personnages. Gloria n’a pas de caractère, à garder un langage enfantin, et ne cesse de se plaindre. Est-ce bien adapté à une histoire d’amour ? J’aurais aimé voir son personnage évoluer et grandir au fil des pages.

Les longueurs sont importantes ayant pour conséquence une lecture plate. Roman navrant, malheureusement. Peut-être un autre ouvrage sera-t-il plus digne d’intérêt ?

Mais le pire ne viendra qu’ensuite, quand la douleur brutale d’être arrachée à une histoire ce sera adoucie, laissant place à cette sensation de manque, familière, cette conscience lucide et insupportable de ce qui est irrémédiablement perdu, emporté…

PocheSortie en Août 2004Le Livre de Poche256 pages

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